La pub,
petit oiseau du Web dans un nid en transformation
Article écrit en 2000
Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation de
son auteur Serge-Henri Saint-Michel,
et de l'Agence www.jipo.com .
Les
investissements publicitaires sur Internet dépasseront cette année le
milliard de Francs. Mais plus que le montant de ces dépenses, se pose la
question de leur avenir… Laissons-nous aller à une prospective à 3
ans…
Une
nouvelle logique de contenu
Les
sites devront préserver leur contenu et apprendre à en générer, sans
succomber à la tentation du copier / coller ou du rewriting, tant appliqués
sur le w. Cela obligera les intervenants à faire appel à de nouveaux
talents (rédacteurs, journalistes) et / ou à des sous-traitants spécialisés
(web mastering délégué), mais surtout à repenser leur métier. En
effet, les sites vendant des produits auront été amenés à proposer des
services, puis du contenu (un vrai, pas un contenu en syndication !),
passant d'une logique de producteur à celle d'éditeur, élément de différenciation
d'autant plus nécessaire que le web est pour l'instant un nid à concepts
clonés.
Alors, les sites affronteront de facto une nouvelle concurrence, comme
celle des sites média qui, de leur côté, vont de plus en plus chercher
à couvrir des contenus spécifiques (fortement hérités d'une logique de
presse en segmentant les femmes, les enfants, les sportifs…) liés à du
e-commerce…
Sites médias et sites " de production " se retrouveront donc
sur un même terrain, celui de l'information à orientation commerciale…
ébranlant le mythe (et l'éthique) de l'information (quasi) neutre et
modifiant le statut du journaliste, dorénavant appelé " rédacteur
", pour mieux l'assimiler à un producteur de sens publicitaire.
Le développement des partenariats brouillera à son tour les pistes, mais
gagnera ses lettres de noblesses mercantiles ne serait-ce que parce qu'ils
opacifient les prix de vente (le coût d'un partenariat ne remonte jamais
dans les conditions générales de vente), permettant aux sites de se
garder une marge commerciale plus confortable…
Une
modification des flux publicitaires
Les
investissements publicitaires sur le Net vous se diriger vers les sites à
plus forte audience. Ces derniers, dans un premier temps, vendront de la
couverture (de la puissance) puis passeront à l'affinité. Alors les
petits sites se retrouveront face à des leaders ayant essaimé des sites
thématiques et proposé des tarifs publicitaires plus bas car amortis sur
une base plus large. Car entre-temps, les couplages seront apparus. Ils
permettront aux annonceurs de toucher une cible encore plus vaste (à
quand un Web 66 de la presse on line internationale ?) ou encore plus précise
(couplages visant les gros actionnaires par exemple). Conséquemment, les
régies de poids, probablement issues du " monde réel " (IP,
Hachette…), de sites médias ou de portails liés à des moteurs vont développer
le marché, laissant des niches aux autres régies et contraignant les
petits sites à rentrer dans leur orbite… Les sites de moindre
importance ne pourront donc plus commercialiser leur espace de manière
indépendante : la régie deviendra le point de passage obligé. Et elle
le sera d'autant plus que face à la croissance du média Internet,
l'achat d'études d'audience (et l'on sait qu'elles sont nombreuses voire
contradictoires…) et d'efficacité seront obligatoires, coûteux et
uniquement amortissables sur plusieurs sites.
Les régies " web centrées " cèderont le pas à celles
provenant du monde réel car elles proposent déjà du support planning,
de l'aide à la décision ; elles bénéficient d'économies d'échelles
et de ressources humaines de qualité. Enfin, certaines régies " réelles
" commercialisent même l'espace de consumer magazines, supports peu
éloignés du positionnement de sites dédiés aux marques (cf Fructis, de
Garnier) ; elles maîtrisent les BDD, point de passage obligé du CRM dans
lequel certains voient un développement possible de la communication sur
Internet.
En somme, nous nous dirigeons vers une concentration des acteurs (allant
des annonceurs aux sites, en passant par les régies) qui va engendrer une
hausse des investissements sur les principaux sites, à l'instar de ce que
l'on constate pour les autres médias (entre autres afin de profiter de
remises volumiques) mettant en péril les recettes publicitaires des sites
de moindre importance qui n'auraient pas anticipé une nécessaire spécialisation,
garante de toujours plus d'affinité…
Le
petit oiseau publicitaire va se muscler, augmenter son poids, optimiser sa
puissance et cacher sa force par des partenariats. Un peu comme la TV…
Serge-Henri
Saint-Michel, Novembre 2000
Ce texte est reproduit avec l'aimable autorisation
de l'auteur et de l'agence JIPO Multimedia que vous pouvez retrouver sur www.jipo.com .
L'auteur de cet article a également écrit "Stratégie
Publicitaires".