Ce soir, je viens de m'abonner à une revue d'un autre
pays en me connectant sur un réseau. Je ne sais même pas où se trouve le vendeur. Le
rayon de ma lampe halogène s'est substitué à l'éclairage tamisé de mes persiennes et
le cliquetis de mon clavier aux voix des vendeurs. La poésie de la place du village est
remplacée par l'intimité de mon bureau installé coquettement dans ma cave. Dois-je m'en
plaindre ? Je ne crois pas, car le marché, sous les gros tilleuls de Samoëns, existera encore de nombreuses années
et sera de plus en plus une curiosité touristique. Ceci d'autant plus que nos 70000
heures de travail dans notre vie professionnelle vont considérablement diminuer pour
atteindre environ 40000 heures dans une trentaine d'années. Nous aurons de plus en plus
de temps disponible pour ce genre de loisirs et surtout nous assistons à une
amplification du besoin de recherche d'authenticité. En contrepartie, la forme de nos
achats de biens et services courants va être profondément modifiée.
Sans être un "ordinocholic", la quantité de
mes achats via les réseaux augmente chaque année. Au début, j'utilisais le Minitel,
puis maintenant, j'ai agrandi un peu la taille de mon marché en sortant de l'hexagone. Je
ne sais même plus où je fais mes emplettes, et cela m'importe peu. Je recherche l'accès
à l'information, la disponibilité immédiate des produits de plus en plus sophistiqués,
et je les trouve de plus en plus souvent.
Mon fils de quatre ans et demi se trouve lui dans une
phase de découverte permanente. Il veut tout voir. " Papa un dauphin cela
mange quoi ? Papa comment les cheveux poussent-ils ? A combien de kilomètres se
trouve le soleil ? " Lorsque je peux en prendre le temps je lui fais
donc une démonstration avec les quelques encyclopédies sur CD ROM que je détiens. J'ai
aussi la chance de vivre dans une ville agréable (Annecy) non
seulement pour son environnement, mais également parce que ses responsables ont su saisir
l'opportunité des appels d'offres pour tester
des applications innovantes en matière d'autoroute de l'information. J'ai donc eu le
plaisir de me connecter sur le réseau Internet depuis mon bureau à mon domicile à la
vitesse de 10 Mégabits par seconde1 via le réseau de télévision câblée de
la ville. Cette vitesse est à comparer à celle d'une ligne téléphonique normale qui
peut dans le meilleur des cas recevoir de l'information à 28.8 Kilobits par seconde.
C'est à dire environ cent fois plus rapidement.
| |
Vitesse en Kbits |
| Téléphone |
9600 |
| Fax |
14400 |
| Modem |
28800 |
| Modem |
56600 |
| RNIS |
64000 |
| Câble |
10000000 |
| ATM |
155000000 |
| ATM |
600000000 |
Et nous n'en sommes qu'au début ! Les réseaux ATM
vous propulseront prochainement au cur du cyberespace à la vitesse de 600 Mégabits par
seconde.
En 1997 nous sommes impressionnés par la puissance de
certains grands groupes multinationaux. D'ici à vingt ans ces concentrations commerciales
seront encore plus surprenantes. Imaginez quelques secondes que vous ayez 60 millions de
consommateurs et un taux de croissance annuel à deux chiffres ! ... Imaginez que chacun
de ces individus puisse avoir accès à votre documentation de produits, à vos tarifs, à
votre système de commande ! ... N'est-ce pas tentant ? Eh bien cela n'est pas aussi
utopique que cela peut le paraître ! Tout cela représente un potentiel de clients
susceptibles d'être branchés à moindres frais sur des réseaux tels que AOL,
Wanadoo, Infonie, Delphi ou Microsoft Network (MSN). Vous me direz, en France on a le
Minitel et les résultats ne sont pas aussi probants que cela en matière de commerce
électronique ! Je vous le concède. Mais il y a au moins deux bonnes raisons pour
lesquelles les habitudes changent rapidement. En premier lieu, l'interface avec la machine
est beaucoup plus conviviale, toutes les techniques multimédia peuvent être intégrées.
Ce qui était le fleuron des européens est devenu suranné en quelques mois. Ensuite, les
échanges ne sont plus limités à l'espace gaulois mais ils se sont étendus à
l'ensemble du village planétaire, ce qui permet d'envisager des retours sur
investissements plus rapides et surtout une entropie accrue. Malheureusement, ces
possibilités de connexion sont encore limitées à quelques privilégiés, elles
augmentent sans aucun doute, les différences entre ceux qui ont accès à l'information
et ceux qui ne l'ont pas. La technologie n'est pas la seule raison de ce schisme ;
l'absence de culture d'entreprise est largement responsable du faible taux
d'informatisation des P.M.E. En articulant les concepts d'une stratégie que j'appelle
CYBERSTRATEGIE
je vous suggère de considérer le système
d'information de votre entreprise comme un facteur clef de succès et surtout de . Ma
vision de la CYBERSTRATEGIE est une extension du
concept du système d'information interne de l'entreprise, que Louis Rigaud2
assimile "aux flux sanguins dans notre organisme",
à l'ensemble du système relationnel de cette même entreprise. Les frontières du système macroscopique3 de Joël de Rosnay explosent ! Il me semble
inévitable d'avoir une approche systémique de plus en plus large ; la devrait contribuer
à atteindre ce but.

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1
1 Les techniciens pourront invoquer les
limitations actuelles des bus des PC qui ne peuvent transmettre à plus de 10 Mbits par
seconde.
2 "La mise en place des systèmes d'information pour la direction et la
gestion des organisations" DUNOD Entreprises p17-18.
3 Le Macroscope. Vers une vision globale. Éditions du Seuil. 1975.